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Social & Habitat > Enfance & Jeunesse > Conférence l'Enfant ROI
 

Compte-rendu de la conférence "L'Enfant ROI"

Communauté de Communes La Porte Normande

Intervenant : M Mayaud

La CCPN, dans le cadre de la fête de l’enfance  et de la jeunesse, propose annuellement un débat avec un professionnel. Après l’handicap, l’autorité et son exercice, le thème abordé est « l’enfant roi ».

 M Mayaud, psychologue investi dans de nombreuses démarches de soutien à la parentalité, fut invité pour animer ce débat. Nous l’en remercions.

Combien de fois chacun d’entre nous a pu dresser le constat d’un enfant tyrannique, insupportable, admettant difficilement l’absence des parents ?
Combien d’entre nous avons fait l’expérience au moins une fois, après une journée éreintante, de jeter l’éponge face à notre enfant qui, ce jour précisément, était porteur d’une envie pas très raisonnable ? Le souci est lorsque cela devient systématique!

« L’enfant roi » est tout d’abord un enfant qui, en vertu d’une attente, d’une anticipation avant la naissance, est considéré comme « devant être roi » par les parents. L’attente de son arrivée au cours des neuf mois donne lieu à un travail de la part de chacun des parents sur leur « héritage familial » respectif, ce qu’ils souhaiteront transmettre et mettre en œuvre pour…

Là commencent les difficultés… accompagner l’enfant, compenser un manque dont ils ont l’impression d’avoir souffert dans leur propre enfance, au point  qu’ « ’être parent » signifierait s’inscrire dans une réparation de leur propre enfance. L’aménagement de la future chambre, tous les investissements financiers pour ce « nouvel être » constituent autant de témoignages de l’implication des parents, dans le processus amenant à l’avènement de l’enfant roi.

L’investissement psychique et physique traduit non seulement l’ampleur de l’attente, mais encore la manière dont les parents attendent leur enfant. Cela est d’autant plus considéré comme vrai pour la mère dans la mesure où elle porte l’enfant en même temps que son attente et celle du couple, au risque d'isoler, de renvoyer le père dans sa seule histoire individuelle si une place ne lui est  pas déjà accordée. La mère peut déjà constituer alors à elle seule tout l’environnement de l’enfant.

La naissance de ce dernier, la coupure du cordon ombilical, les premières respirations …et toute l’angoisse inhérente à cet événement, surtout pour  l’enfant, peuvent être élaborées par la mère comme nécessité pour elle d’adapter au maximum l’environnement pour sécuriser l’enfant, comme si passer de la vie utérine à la vie au monde ne devait pas être marqué de quelque sceau.

Une fois présent, l’enfant baigne non plus dans un liquide amniotique, mais dans un environnement humanisé et humanisant. La démarche de s’inscrire encore dans une plénitude quasi  utérine peut se présenter. Ne laissant pas de place pour le développement propre de l’enfant, posant l’environnement humain comme un prolongement pur et simple de son propre univers, l’enfant ne fait pas l’expérience  de l’autre comme Autre, mais comme prolongement de son corps devant être au service de sa subsistance. D’autant que, avant le stade du miroir (étape d’évolution de l’enfant où ce dernier prend conscience de l’individuation et de la permanence de l’objet) l’enfant doit ré inventer , à chaque sollicitation de l’autre,  la totalité de sa relation avec lui.

Priver l’enfant de la possibilité d’expérimenter la différenciation, c’est l’empêcher de connaître la frustration à partir de laquelle il pourra se construire, rencontrer l’Autre.  Que la mère veuille, pour mieux gérer ses propres angoisses et difficultés,  dérober la réalité à l’enfant  pour s’y substituer au nom d’une hypothétique protection  revient à construire la tyrannie de l’enfant, et la souffrance qui l’accompagne. L’identité fusionnelle des parents à l’enfant neutralise la mise en œuvre d’une éducation à la frustration.

Et cela devient d’autant plus inquiétant que l’enfant est porteur d’une « destructivité naturelle » qu’il ne pourra tourner que sur ce qui lui fait face.

C’est bel et bien la problématique de l’accompagnement qui est en jeu, avec la question de savoir qui accompagne qui et comment !

Accepter la frustration comme principe structurant de la reconnaissance de l’autre, comme condition de possibilité de la vie en collectivité ne signifie nullement  ne pas reconnaître le nécessaire sentiment de toute puissance et l’égocentrisme indispensable jusqu’à l’adolescence. Car c’est à partir d’eux que l’enfant construira également sa propre adaptation au monde. Mais cette toute puissance et cet égocentrisme, pour pouvoir être mis en scène par l’enfant, l’adolescent, doivent avoir été au préalable confrontés progressivement à des réalités. Sinon, d’autant plus dure sera la chute, d’autant plus importantes seront les résistances développées par l’enfant, à proportion de son inadaptation. Proposer à l’enfant des confrontations en fonction de son évolution constitue un acte éducatif majeur. Poser des limites, dire « Non », constitue parfois une responsabilité, y compris psychique, qu’il n’est pas forcément simple d’assumer, qui n’est pas facile à vivre intérieurement…La tentation est grande alors de s’effacer devant l’enfant...ce faisant, on lui supprime la possibilité de grandir. Bien évidemment, à la progressivité de  l'effort de dire « non »s'ajoute la constance quotidienne. L'éducation se joue au jour le jour.

La construction d’illusions est nécessaire pour permettre à l’enfant de grandir, mais une vigilance est nécessaire pour que les adultes eux-mêmes ne se mettent pas à adhérer à d’autres illusions tout aussi vaines. Que certaines puissent  être nécessaires pour  permettre aux parents d’accéder à des fonctions parentales (capacité de rendre l’enfant heureux) est admissible, mais il s’agit de ne pas confondre ce qui est une fable avec la réalité. Il s’agit autant de se donner des limites qu’en donner aux enfants.

L’émergence des pulsions sexuelles renforce les dynamiques déjà à l’œuvre chez l’enfant. Le refus de perdre un peu de sa toute puissance conduira l’adolescent à n’accepter ni l’autre, ni lui-même. L’absence de frustration passée l’aura empêché de symboliser, c'est-à-dire de reformuler avec ses propres mots compte tenu d’un cadre, l’aura empêché de sublimer, c'est-à-dire de dépasser ses tensions internes. La dépression apparaît alors comme la seule issue.  A ce stade, l'unique  solution est la mis en place d'un accompagnement psychologique, sinon il y a la violence…

L’enfant roi est une représentation qu’on  ne trouve que très rarement dans son intégrité. Souvent, les enfants, qui adorables chez les autres ou en collectivité, sont, à domicile, insupportables. Il y a aussi ces situations de passation d’autorité entre parents et grands parents, entre parents et assistantes maternelles, écoles…..  Concernant ces dernières circonstances, c’est souvent la confusion entre les autorités, entre les rôles qui insécurise l’enfant, donnant lieu alors à un comportement plus ou moins véhément. Faire valoir immédiatement la sanction constitue la preuve que le parent n’est plus garant de l’ordre qu’il est sensé incarner. Il est tellement plus simple pourtant d’anticiper la situation et d’expliquer à l’enfant, en amont, quels sont les attendus sociaux par rapport à une situation, de lui donner les moyens de se forger ses propres représentations lorsque cela fait deux heures que toute la famille est enfermée dans la voiture pour aller en vacances ou ailleurs : sur l’échelle du bras qui représente toute la distance, nous sommes à l’épaule, au coude, au poignet, au bout des doigts….Que la loi familiale soit en cohérence avec les lois de la société offre une continuité sécurisante pour l’enfant.

A ce titre, un fragment de l’enfant roi existe dans chaque enfant, en fonction de l'histoire des parents, de la mère plus particulièrement. Et cela va peut être jusqu’au choix amoureux du ou de la partenaire…En effet sera choisi celui ou celle qui ne pourra s’interposer dans la mise en place de ce processus. Apparaît alors toute l’importance du rôle du père en tant qu’il peut faire tiers entre la mère et l’enfant, apparaît aussi toute la nécessité de parler avant la naissance de l’enfant des conceptions respectives des rôles de chacun. Car l’enjeu est un dysfonctionnement qui hypothéquera la socialisation de l’enfant, à tous les stades de sa vie si rien n’est fait. Au lieu d’être dans la vie, l’enfant roi sera dans la souffrance, faute de pouvoir élaborer du sens, faute de ne pouvoir gérer ses propres frustrations.

 L’existence d’une fratrie n’empêche  nullement le déroulement de l’édification de l’enfant roi. De même, la fusion entre la mère et l’enfant ne peut se penser sur le modèle de la femme africaine entretenant une grande proximité avec son enfant ; car entre la mère et l’enfant se pose la communauté de la famille élargie, de la communauté…Enfin, lors des séparations, une fois la période dépressive passée, il est difficile pour chacun des parents, en vertu de raisons différentes, de ré habiliter au quotidien le cadre structurant dont a besoin l’enfant. Continuer à dire  «non » alors qu’on est seul ou parent accueillant  à temps partiel n’est pas évident.

La crainte de l’enfant roi ne doit pas donner lieu pour autant à une non reconnaissance systématique des envies de l’enfant. L’exercice du choix dans un cadre pré déterminé, avec l’existence de contraintes négociables et non négociables permet l’élaboration du désir.

En résumé: L'enfant roi est un enfant en souffrance parce qu'on ne lui a pas permis de gérer ses frustrations en posant des limites claires et simples. Une cause majeure est dans le fait que les parents, et la mère plus particulièrement, n'ont pas accepté que l'enfant puisse se confronter à la réalité, et donc aux petites souffrances du quotidien. Ainsi, l'enfant est privé de ce qui lui permet de grandir pour rester emprisonner dans ses propres pulsions. Les parents s'accompagnent eux mêmes, au dépend de l'enfant.

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